Projet de thèse de doctorat de Myriam Darcy

 

 

Sagesse, morale et poésie narrative en Perse médiévale :

La Khamse (Quintette) de Nezâmi de Ganje (né en 1140, mort en 1209 ou 1217).

 

Présentation

Nezâmi de Ganje est un homme de l’Azerbaïdjan, une région qui, à son époque, n’était que récemment devenue un pôle d’activité littéraire en persan et où un style original, qualifié de « azerbayjani », par opposition au style dit « khorasani », originaire de l’est, avait émergé dès la deuxième moitié du 12e siècle. Ce nouveau style se caractérisait par une rhétorique sophistiquée, un usage novateur des métaphores, l’emploi de termes techniques empruntés aux arts et sciences, et une imagerie d’inspiration chrétienne.

La biographie de Nezâmi est assez mal connue, comme celle de la plupart des auteurs médiévaux persans, mais son œuvre atteste d’une profonde érudition : littératures arabe et persane, traditions populaires orales et écrites, mathématiques, astronomie et astrologie, médecine et alchimie, sciences religieuses traditionnelles, histoire, philosophie et morale, mystique, musique, arts visuels, aucune de ces sciences ne semble lui avoir échappé. Bien qu’il ait dédié ses poèmes à différents princes musulmans du Caucase, il semble avoir évité la vie de cours, sans que l’on sache s’il s’agissait d’un choix délibéré ou de difficultés à s’imposer parmi les poètes de cours. En tout cas, cette absence de dépendance vis-à-vis d’un mécène lui a permis une grande liberté de ton et de thèmes.

Ses cinq chefs d’œuvre sont connus collectivement sous le nom de Khamse (« Quintette ») ou de Panj ganj (« Cinq trésors ») ; il s’agit d’un ensemble de cinq mathnavis, forme narrative longue sans doute autochtone, se caractérisant par un changement de rime à chaque distique, mais avec des hémistiches rimés et un même mètre respecté tout au long du poème.  Il composa d’autres pièces versifiées qui forment un Divân lyrique, essentiellement composés de ghazals, bien moins célèbre que le reste de son œuvre et dont la coloration mystique est assez marquée. Il avait une très haute opinion de l’art poétique qu’il considérait comme un don divin : le poète n’était inférieur qu’au prophète, et la poésie était un art inspiré par la foi, reflétant et approfondissant le sens intérieur du message prophétique.

Nous nous concentrerons ici sur la Khamse, notre principale hypothèse étant que ces cinq poèmes forment un ensemble programmatique, dédié à l’éducation morale et spirituelle du prince, mais aussi de l’honnête homme, combinant les registres épique, romantique et mystique, et présentant une savante gradation allant de l’homélitique (zohd o mathal) dans le Trésor des Secrets (Makhzan al-asrâr, vers 1166) à la philosophie (hekmat) dans le Livre d’Alexandre (Eskandar-nâme, 1194), en passant par l’élévation de l’amour, humain et passionnel dans Khosrow et Shirin (entre 1176 et 1186), sublimé dans Leyli et Majnun (1188), et conduisant à l’amour de Dieu dans les Sept Portraits (Haft Peykar, 1197).

 

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